Lorsqu’on parle de croissance, beaucoup de personnes pensent immédiatement à l’économie :
- produire davantage,
- consommer davantage,
- posséder davantage.
Pour certains jeunes, cette idée pose problème.
Ils voient les limites écologiques, les tensions sociales ou les difficultés du monde contemporain et se demandent :
« Pourquoi faudrait-il toujours croître ? »
La question est légitime. Mais elle repose souvent sur une confusion. Car il existe plusieurs formes de croissance.
Une fourmilière face à un problème
Imaginons une petite fourmilière.
Au départ, elle contient peu d’individus. Tout le monde fait à peu près la même chose : chercher de la nourriture, entretenir le nid, s’occuper des larves. Le système est simple.
Puis la population augmente. Les fourmis se retrouvent face à un choix.
Première possibilité : limiter fortement leur développement pour conserver la même organisation.
Deuxième possibilité : inventer une organisation plus complexe.
C’est cette seconde voie qui apparaît dans les grandes fourmilières.
Certaines fourmis se spécialisent. D’autres deviennent soldats. D’autres encore s’occupent des larves.
Certaines espèces développent même des formes d’agriculture en cultivant des champignons. D’autres pratiquent une forme d’élevage avec les pucerons.
La croissance ne consiste plus à avoir davantage de fourmis. Elle consiste à organiser davantage de relations entre elles. Ce qui augmente n’est pas seulement la quantité. C’est surtout la complexité de l’organisation.
La différence entre quantité et complexité
Cette distinction est fondamentale.
Une bibliothèque de dix livres est plus grande qu’une bibliothèque de cinq livres. Mais une bibliothèque de cent livres mal rangés peut être moins utile qu’une bibliothèque de cinquante livres parfaitement organisée.
La simple accumulation ne suffit pas. Encore faut-il organiser les relations entre les éléments.
La croissance véritable n’est donc pas forcément l’ajout de nouvelles choses. Elle peut être l’amélioration des liens entre les choses déjà présentes.
Grandir n’est pas devenir plus important
Cette réflexion vaut aussi pour les êtres humains.
Lorsqu’un enfant grandit, il n’ajoute pas simplement des connaissances à d’autres connaissances. Il apprend progressivement à mettre davantage d’éléments en relation.
Un très jeune enfant peut gérer quelques besoins simultanément.
L’adolescent doit déjà coordonner davantage de dimensions :
- ses envies,
- ses amis,
- sa famille,
- l’école,
- ses projets.
L’adulte rencontre souvent des situations encore plus complexes :
- travail,
- famille,
- responsabilités,
- engagements,
- contraintes contradictoires.
La croissance n’est pas une augmentation de valeur. Elle est une augmentation de la complexité des relations que l’on peut organiser.
Une autre définition de la croissance
Nous pouvons alors proposer une définition différente :
Croître, ce n’est pas devenir supérieur.
Croître, c’est devenir capable d’organiser un ensemble plus vaste de relations lorsque la situation l’exige.
Cette définition change profondément notre manière de voir les choses.
Elle évite l’idée que certains êtres humains seraient « plus évolués » que d’autres.
Elle évite également l’idée que toute croissance devrait être matérielle.
Une personne peut croître sans posséder davantage.
Une société peut croître sans consommer davantage.
Un organisme peut croître en améliorant son organisation.
Ce que montrent les sciences du vivant
D’ailleurs, dans de nombreux systèmes vivants, la croissance ne consiste pas simplement à ajouter des éléments.
Ce qui fait la richesse d’un cerveau n’est pas seulement le nombre de neurones. C’est surtout la manière dont ils sont reliés.
Ce qui fait la richesse d’un écosystème n’est pas seulement le nombre d’espèces. C’est le réseau des interactions entre elles.
Ce qui fait la richesse d’une société n’est pas seulement sa population. C’est la qualité des relations qu’elle permet.
Autrement dit : la complexité vient davantage des relations que des éléments eux-mêmes.
Grandir autrement
Peut-être que la vraie question n’est donc pas :
« Comment avoir plus ? »
mais :
« Comment relier davantage ? »
- Relier davantage de connaissances.
- Relier davantage de personnes.
- Relier davantage de points de vue.
- Relier davantage d’expériences.
Dans cette perspective, grandir ne signifie pas devenir plus grand que les autres. Grandir signifie devenir capable d’habiter un monde plus vaste. Non pas un monde contenant davantage d’objets. Mais un monde contenant davantage de relations.