Sujet : La science doit-elle être utile ?
Ce sujet est particulièrement riche parce qu’il semble évident au premier abord.
Spontanément, on répond souvent :
« Bien sûr que la science doit être utile, sinon à quoi servirait-elle ? »
Pourtant, de nombreuses découvertes majeures ont été réalisées sans objectif pratique immédiat :
- la théorie de la relativité ;
- la mécanique quantique ;
- les recherches sur les nombres premiers ;
- l’astronomie fondamentale.
Inversement, certaines recherches extrêmement utiles ont parfois produit des conséquences inquiétantes :
- bombe atomique ;
- armes chimiques ;
- surveillance technologique.
Le sujet nous oblige donc à réfléchir au rapport entre vérité et utilité.
La finalité de la science est-elle de connaître ou de servir ?
I. Le 6 : collecte de matériau
Écrit
- Articles scientifiques.
- Revues de recherche.
- Manuels universitaires.
- Brevets.
Oral
- Conférences scientifiques.
- Vulgarisation.
- Débats sur la recherche.
Gestuel
- Expériences de laboratoire.
- Manipulations techniques.
- Essais cliniques.
Graphique
- Courbes.
- Modèles.
- Schémas.
- Simulations.
Musical
- Études acoustiques.
- Recherches sur les fréquences.
- Technologies sonores.
Plastique
- Instruments scientifiques.
- Satellites.
- Laboratoires.
- Machines.
Première récolte d’idées
Deux intuitions apparaissent.
Première intuition
La science doit être utile.
- elle coûte cher ;
- elle mobilise des ressources ;
- elle améliore la vie humaine.
Deuxième intuition
La science ne semble pas devoir être utile.
- la recherche vise d’abord la vérité ;
- l’utilité est parfois imprévisible ;
- certaines découvertes deviennent utiles longtemps après leur découverte.
Une tension apparaît :
La science cherche-t-elle à connaître le monde ou à transformer le monde ?
II. Le 5 : approfondissement avec les 5 C
Corps
Quels bénéfices concrets apporte la science ?
Exemples :
- médecine ;
- hygiène ;
- agriculture ;
- transports.
Argument :
La science améliore les conditions de vie.
Contre-argument :
L’utilité n’est peut-être qu’une conséquence secondaire.
Cœur
Pourquoi valorisons-nous la science ?
Exemples :
- lutte contre la maladie ;
- réduction de la souffrance ;
- progrès matériel.
Argument :
Nous attendons souvent d’elle des résultats pratiques.
Contre-argument :
La curiosité est aussi une motivation humaine fondamentale.
Cerveau
Quelle est la finalité théorique de la science ?
Exemples :
- comprendre l’univers ;
- expliquer les phénomènes ;
- découvrir des lois.
Argument :
La science poursuit un idéal de connaissance.
Contre-argument :
Une connaissance totalement inutile paraît difficile à justifier socialement.
Communication
Comment la société juge-t-elle la recherche ?
Exemples :
- financement public ;
- innovation ;
- applications industrielles.
Argument :
Les citoyens demandent souvent des retombées concrètes.
Contre-argument :
Les découvertes les plus importantes ne sont pas toujours immédiatement applicables.
Conscience
La science a-t-elle une responsabilité ?
Exemples :
- nucléaire ;
- intelligence artificielle ;
- génétique.
Argument :
La recherche produit des conséquences morales.
Contre-argument :
La responsabilité concerne peut-être davantage les usages que les découvertes elles-mêmes.
III. Le 10 : déploiement logique du concept
Le sujet contient deux notions :
- science ;
- utilité.
Le déploiement portera principalement sur l’utilité.
A. Sériation
1. État initial
Recherche fondamentale.
Le scientifique cherche :
- comprendre ;
- observer ;
- expliquer.
Aucune application immédiate n’est nécessaire.
2. Transformation
Accumulation des connaissances.
- théories ;
- modèles ;
- découvertes.
3. État final
Applications possibles.
- technologies ;
- médecine ;
- industrie ;
- innovations.
Question :
L’utilité est-elle le but de la science ou une conséquence éventuelle ?
B. Variation
4. Similitude
À quoi ressemble la science utile ?
- outil ;
- moyen ;
- ressource.
5. Différence
En quoi la science diffère-t-elle de la technique ?
La science cherche :
ce qui est vrai.
La technique cherche :
ce qui fonctionne.
C. Appartenance
6. Inclusion
La science appartient :
- aux formes de connaissance ;
- à la recherche de vérité ;
- à la rationalité.
7. Décomposition
Que contient-elle ?
- observation ;
- hypothèse ;
- expérimentation ;
- démonstration ;
- théorie.
8. Exclusion
La science n’est pas :
- une simple technologie ;
- une production industrielle ;
- une recherche immédiate de profit.
9. Relation
Que partage-t-elle avec la technique ?
- innovation ;
- efficacité ;
- maîtrise du monde.
Mais elle partage avec la philosophie :
- recherche désintéressée de la vérité.
10. Définition
La science peut être définie comme :
une démarche rationnelle visant à produire des connaissances vraies et vérifiables sur le réel.
IV. Émergence des problématiques
Plusieurs problématiques apparaissent.
Problématique 1
La science a-t-elle pour finalité la vérité ou l’utilité ?
Problématique 2
Une recherche sans application pratique a-t-elle une valeur ?
Problématique 3
L’utilité doit-elle être le critère qui guide la recherche scientifique ?
Cette troisième problématique est la plus riche.
Nous la retenons :
L’utilité doit-elle être le critère qui guide la recherche scientifique ?
V. Construction du plan
I. La science semble devoir être utile
- amélioration des conditions de vie ;
- progrès technique ;
- justification sociale du financement.
Références :
- Bacon ;
- positivisme ;
- science moderne.
II. Pourtant la science ne peut être réduite à l’utilité
- recherche fondamentale ;
- vérité désintéressée ;
- imprévisibilité des découvertes.
Références :
- Aristote ;
- Einstein ;
- Bachelard.
III. La science doit viser la vérité tout en assumant ses responsabilités
- autonomie de la recherche ;
- responsabilité des applications ;
- articulation entre connaissance et utilité.
Références :
- Weber ;
- Jonas ;
- Bachelard.
Dissertation rédigée
Introduction
Les sociétés contemporaines investissent des moyens considérables dans la recherche scientifique. En retour, elles attendent souvent des résultats concrets : nouveaux médicaments, innovations technologiques ou solutions aux grands problèmes de l’humanité. Il paraît alors naturel d’affirmer que la science doit être utile. Pourtant, nombre de découvertes majeures sont nées de recherches sans application immédiate. Les mathématiques pures, l’astrophysique ou certaines théories physiques ont longtemps semblé inutiles avant de transformer profondément notre monde. Dès lors, faut-il exiger de la science qu’elle soit utile ?
La science désigne une démarche rationnelle visant à produire des connaissances sur le réel. L’utilité renvoie à ce qui permet d’atteindre une fin pratique ou d’apporter un bénéfice concret. Le problème est donc de savoir si l’utilité doit constituer la finalité de la recherche scientifique ou si celle-ci possède une valeur indépendante de ses applications.
L’utilité doit-elle être le critère qui guide la recherche scientifique ?
Nous verrons d’abord que la science semble devoir être utile puisqu’elle contribue au progrès humain. Nous montrerons ensuite qu’elle ne peut être réduite à cette fonction pratique. Enfin, nous défendrons l’idée que la science doit conserver son autonomie tout en assumant les responsabilités liées à ses effets.
I. La science semble devoir être utile
À première vue, la science paraît justifiée par les services qu’elle rend à l’humanité.
Les progrès de la médecine ont permis de lutter contre de nombreuses maladies. Les découvertes scientifiques ont amélioré l’agriculture, les transports, les communications et les conditions de vie de milliards d’individus.
Francis Bacon affirme ainsi que le savoir est une puissance. Selon lui, la connaissance scientifique doit permettre à l’homme de mieux maîtriser la nature afin d’améliorer son existence.
De plus, la recherche mobilise souvent des financements publics importants. Il semble donc légitime que la société attende des bénéfices concrets en retour.
L’utilité apparaît ainsi comme une justification naturelle de l’activité scientifique.
Cependant, cette conception risque de réduire excessivement ce qu’est la science.
II. La science ne peut être réduite à l’utilité
La finalité première de la science n’est pas l’efficacité mais la connaissance.
Aristote distinguait déjà les savoirs pratiques des savoirs théoriques. Certains savoirs sont recherchés pour eux-mêmes parce que comprendre le monde constitue une valeur en soi.
De nombreuses découvertes illustrent cette idée. Lorsque les mathématiciens étudient certaines structures abstraites ou lorsque les astrophysiciens observent des galaxies lointaines, ils ne poursuivent pas nécessairement un objectif pratique immédiat.
Par ailleurs, l’histoire montre que les applications les plus importantes sont souvent imprévisibles. Les recherches sur l’électromagnétisme, la mécanique quantique ou la théorie des nombres ont longtemps paru sans utilité directe avant de devenir essentielles pour les technologies contemporaines.
Bachelard souligne que la science progresse grâce à une recherche libre guidée par les problèmes théoriques eux-mêmes. Exiger une utilité immédiate risquerait d’entraver l’invention scientifique.
Ainsi, la valeur de la science ne se réduit pas à ses applications.
III. La science doit viser la vérité tout en assumant ses responsabilités
Pour autant, l’indépendance de la science ne signifie pas l’absence de responsabilité.
Les découvertes scientifiques produisent des effets considérables sur les sociétés. L’énergie nucléaire, les biotechnologies ou l’intelligence artificielle montrent que la connaissance peut être utilisée aussi bien pour le bien que pour le mal.
Max Weber distingue la logique de la recherche et celle de l’action politique. Le scientifique cherche la vérité, mais les usages de ses découvertes soulèvent des questions éthiques.
Hans Jonas insiste quant à lui sur la nécessité d’une responsabilité adaptée à la puissance technologique moderne. Plus notre capacité d’agir sur le monde augmente, plus nous devons réfléchir aux conséquences de nos actions.
La science ne doit donc pas être subordonnée à l’utilité immédiate. Toutefois, elle ne peut ignorer les effets de ses découvertes sur l’humanité et sur la planète.
La véritable exigence n’est pas que la science soit utile à tout prix, mais qu’elle demeure libre tout en participant à une réflexion responsable sur ses applications.
Conclusion
La science semble d’abord devoir être utile puisqu’elle contribue largement à l’amélioration des conditions de vie humaines. Pourtant, sa finalité propre demeure la recherche de la vérité plutôt que la production immédiate d’avantages pratiques. Réduire la science à son utilité risquerait d’appauvrir la recherche et de freiner les découvertes futures. La science ne doit donc pas être utile comme condition préalable de son existence. En revanche, les usages qui découlent de ses découvertes exigent une responsabilité croissante. Ainsi, la science vaut d’abord par sa quête de vérité, mais cette quête ne peut aujourd’hui se dispenser d’une réflexion éthique sur ses conséquences.
Ce sujet est particulièrement révélateur de la puissance du 10 parce qu’il fait émerger une distinction fondamentale que beaucoup d’élèves ne voient pas immédiatement :
Science ≠ Technique
La sériation montre en effet :
- état initial : recherche de compréhension ;
- transformation : production de connaissances ;
- état final : applications possibles.
On découvre alors que l’utilité apparaît souvent à la fin du processus et non nécessairement au début.
Cette simple observation permet de faire émerger la problématique philosophique centrale :
La science doit-elle être guidée par l’utilité ou l’utilité n’est-elle qu’un effet secondaire de la recherche de la vérité ?
C’est généralement cette distinction qui permet de dépasser une copie descriptive sur les progrès techniques pour entrer dans une réflexion véritablement philosophique sur la nature même de la science.