CDR — Classification Décimale de Ràva
Une classification phénoménologique des fonctions humaines
La CDR (Classification Décimale de Ràva) est un système de classification inspiré à la fois :
- des huit piliers taoïstes présentés par Stephen T. Chang dans Le Grand Tao ;
- de la phénoménologie pédagogique d’Antoine de La Garanderie ;
- et d’une réflexion sur les rapports entre structure, transformation et expérience humaine.
Contrairement aux classifications documentaires classiques, la CDR ne cherche pas principalement à classer des objets, des disciplines ou des savoirs universitaires.
Elle cherche à classer :
- des fonctions humaines fondamentales ;
- des régimes d’expérience ;
- des modes de relation au réel ;
- des dynamiques de transformation.
La CDR constitue ainsi une classification phénoménologique : elle organise les domaines humains non selon leur apparence extérieure, mais selon la fonction vécue dominante qu’ils remplissent dans l’expérience humaine.
Origine taoïste du système
Le système prend pour point de départ les huit grands piliers du taoïsme exposés par Stephen T. Chang à partir du yi-king (易经 / 易經 / yìjīng) (ANG I Ching, autre nom : 周易 zhouyi).
Dans cette approche, les huit trigrammes fondamentaux ne représentent pas simplement des éléments naturels, mais des formes dynamiques de situations humaines :
- direction ;
- danger ;
- stabilité ;
- commencement ;
- influence ;
- relation ;
- endurance ;
- harmonie.
Le Yi-King apparaît alors non comme une simple œuvre divinatoire, mais comme une machine symbolique d’analyse des transformations humaines.
Chaque trigramme constitue un opérateur phénoménologique fondamental permettant de lire les tensions, mutations et équilibres de l’existence.
Une classification des fonctions de l’existence
La CDR prolonge cette logique en l’appliquant à l’organisation contemporaine des savoirs, des pratiques et des productions humaines.
Chaque grande classe correspond à une fonction anthropologique fondamentale :
| Classe | Fonction dominante |
|---|---|
| 1 | Orienter |
| 2 | Sécuriser |
| 3 | Nourrir |
| 4 | Produire |
| 5 | Réguler |
| 6 | Relier |
| 7 | Comprendre les formes |
| 8 | Harmoniser les échanges |
Deux classes complémentaires ont été ajoutées :
| Classe | Fonction |
|---|---|
| 0 | Généralités et vues d’ensemble |
| 9 | Mise en pratique |
Ainsi, des domaines apparemment éloignés peuvent être rapprochés lorsqu’ils remplissent une même fonction phénoménologique profonde.
Par exemple :
- la religion, la musique et la diététique relèvent de formes différentes de nourriture de l’être ;
- la médecine, la sociologie et les arts martiaux relèvent de systèmes de régulation ;
- la littérature, la communication et la sexualité relèvent de formes de relation.
Une articulation entre structure et transformation
La CDR repose sur l’idée que toute réalité humaine possède deux dimensions complémentaires :
- une dimension structurelle relativement stable (l’espace en noématique) ;
- une dimension dynamique et transformationnelle (le temps en noématique).
Cette intuition rapproche symboliquement :
- la pensée de Platon, orientée vers les formes et les structures intelligibles ;
- et la logique du yi-king, orientée vers les transformations et les mutations.
La CDR tente ainsi de penser ensemble :
- l’espace et le temps ;
- la forme et le devenir ;
- la stabilité et le changement.
Une classification ouverte
La CDR n’est pas conçue comme une taxonomie figée.
Elle constitue plutôt :
- une cartographie dynamique des fonctions humaines ;
- un outil pédagogique ;
- un système documentaire ;
- une architecture de pensée ;
- un instrument de navigation dans l’expérience humaine.
Elle peut être utilisée :
- pour organiser des bibliothèques et bases documentaires ;
- pour structurer des contenus pédagogiques ;
- pour analyser des pratiques humaines ;
- pour construire des parcours d’apprentissage ;
- ou comme outil philosophique de lecture du réel.
La CDR se situe ainsi à la frontière :
- de la classification documentaire ;
- de la phénoménologie ;
- de la pédagogie ;
- du taoïsme ;
- et des sciences de l’organisation des connaissances.